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Loi anti-Amazon ou la (vaine) tentative de protection des libraires

 

« Je suis un requin blanc et vous nagez dans mes eaux !! » voilà la manière dont est perçu Amazon par la majorité du public.On ne voit plus l’esprit startup comme chez Google mais un acteur incontournable du e-commerce qui inspire la peur tant il fait de l’ombre à ses concurrents. Plus que d’être le premier e-libraire des Etats-Unis, Amazon est aussi le premier au monde.La loi anti Amazon (ou même anti Fnac) puisque ces deux acteurs sont concernés vise de prime abord à équilibrer la concurrence au sein du marché du livre.

Pour aborder ce sujet il est nécessaire de revenir à la loi dite loi Lang de 1981 qui impose un prix public du livre et ne permet aux détaillants d’effectuer une remise supérieure à 5%. Exception faite des bibliothèques qui peuvent obtenir 9% de remise au titre du service rendu au public. En effet, vous ne le saviez peut être pas mais les bibliothèques achètent leurs livres d’une part pour renouveler le stock existant, et d’autre part pour répondre à la demande. Tout ceci se fait sur le marché physique.

 

Mais que s’est-il passé depuis la promulgation de la loi Lang ?

loi anti amazon

Tout d’abord, cela n’a pas du vous échapper mais le web est arrivé à débit grandissant changeant ainsi les habitudes des consommateurs. Un réseau planétaire ouvert en permanence et créant par la même occasion ses entreprises dont fait partie Amazon.
Tout est désormais ouvert 24/24 et 7jours sur 7, à tel point que les habitudes des consommateurs ont changé.
Prenons l’exemple d’une émission littéraire ou « mainstream » présentant un ou plusieurs livres dont certains vous paraissent attirants. Vous pouvez allumer votre smartphone et le commander pour le recevoir directement à domicile ou au bureau. Plus besoin de vous ruer vers votre gros PC avec sa tour et son écran 22 pouces, ici 4pouces et 130 grammes suffisent.

On n’attend plus on le veut de suite, enfin pas vraiment de suite car 24 heures vous séparent de sa réception et vous auriez très bien pu vous rendre chez le libraire sauf que vous deviez satisfaire votre besoin d’acheter ce livre. La magie est là car on peut répondre à ses pulsions d’achat en permanence. Personne ne peut réveiller son libraire en pleine nuit pour lui demander un livre qu’il pourrait éventuellement avoir. Éventuellement le mot est lâché car les murs du commerce conseil de proximité ont leurs limites là où Amazon et Fnac ont des entrepôts qui s’étendent avec des milliers de référence en stock et ceci pose une question de taille : Le libraire indépendant est-il mort face au numérique ?

 

Cette question nous invite à nous pencher sur l’état des librairies indépendantes en France. L’hexagone possède le plus grand nombre de point de ventes de livres en Europe avec 2500 boutiques, des librairies qui ferment et d’autres qui ouvrent. Cette dernière information vient rappeler que la profession de libraire est un métier à part entière et on ne peut s’improviser libraire en claquant des doigts. Le fonctionnement des librairies peut paraître obscur et présenter une vision déformée pour certaines personnes. Tantôt profession archaïque, tantôt grands gagnants sur la vente des livres dont le marché se porte bien et représente la première industrie culturelle devant la musique et le cinéma.

 Prix d'un livre

 

Le libraire serait donc le parent riche et l’auteur le parent pauvre à la vue de ces chiffres. Il ne faut pas oublier que le libraire achète ses livres et les vends comme son nom l’indique dans une librairie donc un commerce avec tout ce que cela comprend en termes de coûts.

 bénéfice du libraire

 

Voici donc ce que notre libraire indépendant gagne. On constatera qu’il n’est plus le parent riche du début. Les librairies ferment en grande partie à cause des coûts mais également par la  perte de clientèle (zones géographiques qui se désertifient, zones urbaines qui se modifient au profit de centre urbains tenant plus de la ZAC que du centre-ville).
Les rentrées littéraires synonymes d’une augmentation du nombre de parutions font également du tort à nos amis libraires qui doivent gérer une augmentation substantielle des stocks payables et imposée par les éditeurs.
Les maisons d’édition d’envergure veulent vendre en quantité astronomique cette inflation livresque.
Chose difficile pour nos librairies aux murs coûteux limités.

 

Mais quelle différence avec Amazon ?

Amazon n’a pas de réseau de libraires, et aucun point de vente physique. Tout se fait en ligne et l’érosion des libraires couplée à l’érosion urbaine que je citais précédemment s’est également produite aux États-Unis avec une part grandissante du livre numérique et un changement d’habitudes des lecteurs.
Le rôle des libraires n’a jamais été la vente seule et le conseil y est de mise. C’est d’ailleurs grâce à certaines libraires comme la griffe noire avec Gérard Collard en figure de proue, que certains romans ont connu le succès, l’élégance du hérisson du Muriel Barbery en est un parfait exemple.

 

L’avenir du livre papier

Liseuse, Kindle, tablette, le numérique modifie les habitudes des lecteurs sans pour autant tuer le livre papier. De prime abord, le livre numérique présente des avantages incontestables à commencer par un gain de place important puisque un grand nombre de livre peut être consulté sur un écran 6 pouces.
Ensuite, le prix des livres numériques pourrait être considérablement moins élevés du fait de l’absence de papier, de coût de fabrication réduits voir absents et de diffuseur.
A y regarder de plus près, le prix du livre numérique n’est si bon marché car les coûts de fabrication et la TVA restent plus élevés que le livre papier. Le SNE en est arrivé à ses conclusions en passant à la loupe les différents frais inhérents au livre numérique. Il n’y a donc pas lieu d’imaginer un scénario catastrophe avec des bibliothèques pleines de liseuses, des salons du livre vides de papier et comble du comble, des auteurs signant des autographes sur des écrans.
Ceci est confirmé par une actualité fraîchement pêchée par mes soins qui montre comment Amazon « invite » Hachette à produire plus de livres pour répondre à la demande des clients et va jusqu’à demander les fichiers numériques des livres afin de les imprimer et ne jamais être en rupture de stocks.

 

A qui bénéficiera la loi anti Amazon ?

Cette proposition de loi présentée par des députés de l’opposition avait pour but de sauvegarder le réseau de librairies indépendantes et pérenniser l’existence du livre papier qui comme nous l’avons vu n’est pas en danger immédiat.
La loi est adoptée très rapidement contre l’avis et l’accord préalable des institutions européennes et tout le monde peut applaudir enfin presque tout le monde. Cette loi dite anti Amazon et s’appliquant également à la FNAC prévoit d’interdire le cumul de la fameuse ristourne de 5% citée au début et la gratuité des frais de ports. Cette fameuse gratuité des frais de ports ainsi supprimée, le lecteur devra s’acquitter de 2,79€ de frais de port soit 2 fois la remise de 5% et verrait donc cette remise lui passer sous le nez.
La Fnac pourrait, proposer aux acheteurs de venir récupérer le livre dans un de leur point de vente mais je vous laisse imaginer la masse de personnes à servir et tout ce qui peut découler d’un nombre important, trop important de personnes aux même guichet, tant en terme de sécurité qu’en terme de place et d’attente. Une file d’attente de plus alors qu’acheter un livre et le lire sont deux actions complémentaires et plaisantes. Mais une loi n’entre en vigueur qu’à compter de sa promulgation, ce qui n‘est pas encore le cas.

 

Que va-t-il se passer ? Comment Amafnac (Amazon et Fnac) vont-ils réagir ?

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5 commentaires sur “Loi anti-Amazon ou la (vaine) tentative de protection des libraires

  1. Pingback: [Loi anti-Amazon] Ou la (vaine) tentative de pr...

  2. Marie-Ln Ladybug
    15 juillet 2014

    Très bon article qui montre bien qu’il est impossible de résumer le problème et de le traiter sans aller plus au fond. Cette loi est la partie visible de l’iceberg, il faut aller bien plus loin pour remettre le livre et tous ses acteurs à leur juste place.

    J'aime

    • Isabelle Clément
      16 juillet 2014

      Merci pour votre commentaire. En effet, pour bien comprendre l’objectif de la loi anti-Amazon, il est indispensable d’en connaître les tenants et les aboutissants.

      J'aime

  3. Yom
    2 mai 2015

    Bonjour,
    En effet, j’ai trouvé l’article très intéressant et les schémas instructifs, merci.
    Avez-vous connaissance de l’application Amazonkiller ? J’ai trouvé l’initiative excellente!

    Aimé par 1 personne

    • MonEncre
      14 mai 2015

      Bonjour, merci pour votre commentaire. Amazon Killer est une alternative et tout ce qui peut aider les libraires est le bienvenu.

      J'aime

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Cette entrée a été publiée le 14 juillet 2014 par dans Autour du livre.
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